L'art du divertissement à Parentignat

L’art du divertissement à Parentignat

Cette année le fil conducteur des journées européennes du patrimoine est « art & divertissement ». Si la question se pose fréquemment de savoir si l’art n’est qu’un divertissement, ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il existe un art de se divertir. Parentignat n’échappe pas à la règle puisque de nombreux objets du château témoignent des occupations de ses habitants au fil des siècles.

Jeux de société anciens et photographies révèlent les loisirs de la famille Lastic au sein de leur demeure auvergnate. Les « Cahiers » de Jean de Lastic, dont l’écriture date du XIXème siècle, relatent les festivités : « Et maintenant au moment de quitter ces grandes salles pour continuer cette promenade à travers le château, il me semble que j’entends encore mes oreilles ressentir des bruits divers qui les ont égayées, et qui à travers les souvenirs, prennent comme une sonorité de tristesse, voix joyeuses d’enfants, chansons éloignées des fêtes qui s’y donnèrent. »

Soirées costumées, fêtes foraines également, grâce à de nombreuses photographies que vous pourrez admirer lors des Journées du Patrimoine, nous savons que le château organisait des bals ainsi que des pièces de théâtres dans les grands salons à l’étage du château.

Nous avons retrouvé aussi, au hasard des greniers de ce vaste logis, de nombreux jeux de société remontant, pour certains, à la période médiévale. Prenons le « Nain Jaune ». Au départ, ce personnage est un héros laid, jaloux et méchant d’un conte cruel de la baronne d’Auloy publié en 1698. Le jeu est apparu en Lorraine vers 1760 sous le nom du jeu du nain avant de se répandre dans l’Europe entière. L’engouement sera vif jusqu’à la Révolution française durant laquelle, en 1792, il était connu sous le nom de « jeu de lindor ». Vous pourrez découvrir un exemplaire ancien de ce jeu, devenu un classique, dans la salle à manger du château.

Le « jeu de bog » quant à lui nous vient d’Italie, plus précisément de Lombardie. Il fait son apparition en France au XIXè siècle où il connait beaucoup de succès. (Frans Gerver, Le guide Marabout de Tous les Jeux de Cartes, Verviers : Gérard & C°, 1966, page 76). Parentignat en possède un exemplaire.

Un grand classique : Le bridge ! C’est au XIVè siècle que les cartes à jouer arrivent en Europe depuis le Moyen-Orient, via l’Italie et l’Espagne. Le bridge trouve son origine dans le principe de l’atout du tarot adapté aux cartes ordinaires et est une évolution de différents jeux de cartes : Le Trump anglais, le Quadrille français, l’Hombre espagnol et le Biritch russe. C’est d’ailleurs sous la forme Biritch que le Bridge apparait en Angleterre en 1885. Le nom de ce jeu vient d’une action qui correspond à l’expression anglaise to bridge : « jeter un pont ».

Les cartes anciennes ne sont pas les seuls jeux de société que les visiteurs pourront admirer à Parentignat durant les journées du Patrimoine. Le château possède aussi un « Mah-Jong » qui nous est parvenu d’une époque pas si lointaine puisque les occidentaux ont découvert en 1895 ce jeu créé à Shanghai en 1870 . Il a été démontré que le Mah-jong est la forme aboutie de plusieurs jeux ou variantes de jeux se pratiquant avec les cartes monétaires qui a pris l’aspect d’un jeu de dominos (tuile en os et/ou bambou).

Le jeu du « Solitaire » vous attendra dans le grand salon rouge du premier étage. Il existe une version en bois pour les voyages. (Les pions sont compartimentés dans un petit coffre coulissant sous la grille de jeu). L’origine du Solitaire est un mystère, mais nous pouvons supposer qu’il est peut-être la réduction à un seul joueur de jeux de « chasse » qui se pratiquaient à l’époque médiévale. Le Mercure galant d’août 1697 donne la première description connue du jeu du Solitaire qui a connu un grand succès à la Cour de France.

Intemporels, les dominos remontent probablement au 1er siècle de notre ère. Les dominos sont à l’origine une modification chinoise du jeu de dés indien et les pièces étaient fabriquées à l’origine en ivoire. Nous retrouvons des dominos en os datant de l’époque Gauloise. Le jeu refait son apparition en Italie dans les années 1760. De là, il s’impose rapidement en France. Le mot « domino » proviendrait d’ailleurs de la similitude entre les pièces du jeu (recto blanc, verso noir) et l’habit des religieux dominicains (lequel est blanc, mais peut être recouvert d’une cape noire servant de manteau).

Les visiteurs pourront aussi admirer un jeu de dames ancien dans la bibliothèque du château. La plus ancienne référence aux dames remonte à 1508, alors que ce jeu est évoqué dans  un ouvrage d’Eloi d’Armeval sous le nom de « damier ». Le Gargantua de François Rabelais met le jeu de dames à l’honneur dans sa longue liste de jeux du chapitre XXII.

Un Puzzle JigSaw viendra compléter les découvertes de ces journées. Le premier puzzle aurait été fabrique vers 1760 par un anglais nommé John Spilsburyà l’aide d’une scie à marqueterie. Autrefois en bois, les puzzles en carton sont apparus à la fin des années 1800 mais ont mis du temps à s’imposer pour devenir finalement la norme. Les ventes de puzzles en bois ont diminué après la Seconde Guerre mondiale , l’amélioration des salaires ayant entraîné une hausse des prix , tandis que, parallèlement, l’amélioration des procédés de fabrication rendait les puzzles en carton plus attractifs. Vous pourrez en reconnaître quelques-uns lors de vos pérégrinations au sein du château pour les journées du patrimoine.

Thomas Fauveau / Marie Cartigny