Nature morte d’orfèvrerie, coquillages et jeu de cartes

« Still life » ou « stilleben », « vie silencieuse et choses inertes », « nature morte » en Français , ces formules sont toutes complémentaires et fidèles aux oeuvres qu’elles définissent. Les éléments apparaissent dans un décor, retranscrits avec un hyperréalisme laissant le spectateur admiratif.

Chaque nature morte possède son mystère, son sens caché. Meiffren Conte, auteur de cette toile, reste un maître incontesté du genre. Le château de Versailles notamment en possède des réalisations fascinantes. Actif de 1671 à 1680, les riches orfèvreries mêlées à des nautiles sont sa spécialité. Ici, le tableau de la collection Georges de Lastic en est un modèle de grande qualité. En 1978 à Marseille, sa ville d’origine et de décès (vers 1630-1705), seize de ses toiles seront présentées lors de l’exposition « La peinture en Provence au XVIIème siècle ». Ce fut l’occasion pour les spécialistes du genre de s’interroger sur son Œuvre à travers ses thèmes récurrents tels que le coquillage nacré rose ou encore le coffret à bijoux. Meiffren Conte doit-il être considéré comme un excellent technicien, capable de reproduire à la perfection  tel ou tel objet, ou bien son savant assemblage recèle-t-il un message bien plus spirituel ?

L’analyse ne peut se tenter sans le décodage des objets représentés. Leur valeur symbolique se perpétue selon les époques et deviendra une thématique constante de la peinture de la nature morte Française. Le clair-obscur tout d’abord joue son rôle de mise en valeur. Instinctivement nous sommes attirés par la lumière, par la brillance du premier plan. Devant nous le coquillage, pièce de luxe, exotique, tient sa place ; interprété par tout iconoclaste comme la vanité des biens de ce monde. Tout comme l’étoffe précieuse recueillant avec volupté les pièces de monnaie , nous sommes ici devant un étalage de richesses, symbole du pouvoir et de l’ambition. Témoins d’une vie humaine mais dont l’homme est totalement inexistant de la toile…Même absent, sa volonté demeure dans l’organisation muette de ses richesses. Il en reste le sujet privilégié, le médiateur, sans pour autant apparaître.

Les pièces de monnaies éparpillées mais également le collier de perles échappé de son coffret nous amènent à penser que l’urgence de la vie s’est fixée ici, à cet instant précis. Les cartes (uniquement présentes dans cette œuvre de l’artiste, ce qui en fait toute son originalité) idéalisent le moment rappelant  la joie et l’effervescence que procure le jeu. Et puis, silencieusement, au milieu de ce tumulte, quelques plantes flétrissent, dépouillées de leur fragile beauté …signe que le temps est passé, inexorablement, sur cet instant. Ironie silencieuse de la vanité, tendant ses pièges à ceux qui veulent en saisir le sens et les apparences.

« Vanitas vanitum, omnia vanitas » : « Vanités des Vanités, tout n’est que vanité ». Paroles Bibliques issues de l’Ecclésiaste, souvent citées et constituant le thème principal de nombreuses natures mortes.

L’Église reprit cette idée que l’accumulation de richesses n’était que pure vanité. Cette réflexion ramène à l’interprétation d’une symbolique spécifique de la peinture. Il s’agissait de contrôler, maîtriser le plus habillement possible l’avidité autant que l’envie humaine en lui imposant une barrière moralisatrice, l’incitant au renoncement des acquis terrestres, bien trop éphémères.

Voici tout l’art de la vanité sublimée ici dans cette œuvre aux multiples facettes.

« Les idées et les images sont faites pour circuler, être empruntées, revenir et disparaître. Elles n’appartiennent qu’à ceux qui un moment les chevauchent »
Joëlle Busca, « Miquel Barcelo, le triomphe de la nature morte ».

Venez donc, chers visiteurs, réfléchir, méditer ! devant notre tableau. Nous vous souhaitons par avance une excellente visite…

Crédit photo : David Bordes