Marquise de Noailles

“En dehors des grandes commandes officielles de l’hôtel de Ville de Paris, aujourd’hui toutes disparues, Largillierre, dans son œuvre considérable, ne peignit que très rarement des portraits groupés dans des intérieurs et seulement deux fois, à notre connaissance, en “petites figures”. Vers 1705-1710, autant que permettent d’en juger les costumes, les coiffures, par comparaison avec des portraits individuels datés, Largillierre, portraitiste célèbre de la Cour et de la Ville, et on peut dire de l’Europe entière, peignit ce portrait d’une famille qu’une insoutenble tradition assurait, au début de ce siècle, représenter “Madame de Maintenon montrant aux enfants du Roi le portrait du Grand Condé”. Le profil de Louis XIV, sculpté en médaillon au dessus des personnages , dominant la composition, est là comme il pouvait figurer dans n’importe quel intérieur somptueux à cette époque, et sans doute également pour montrer que le chef de cette famille noble, portrant la cuirasse, servait alors son souverain aux armées. L’intérieur de ce palais imaginaire s’ouvre à gauche sur un poétique paysage , qui se retrouvera ainsi que la console, la nature morte de fruits et vase de fleurs, le tabouret et même les petits chiens, bien qu’avec de nombreuses variantes dans la disposition et les détails, dans le très célèbre portrait conservé à la Wallace Collection à Londres. Ce dernier tableau avait été commandé par la Duchesse de Ventador, gouvernante des enfants de France, accompagnée du petit duc d’Anjou, futur Louis XV, à une date qui ne peut être que 1712 ou les premiers mois de 1713. Cette fois-ci, Largillierre, pour montrer l’hérédité de cette éminente charge dans la famille de la Duchesse, y représentera, s’inspirant de gravures, Louis XIV, le Grand Dauphin, et le duc de Bourgogne. (Texte écrit par Georges de Lastic) Ni esquisse, ni ricordo, ce tableau aux coloris frais et audacieux, à l’exécution brillante, petit “portrait “à la flamande” comme on disait alors, avait pour vocation première de faire valoir les qualités propres du peintre, le désir des modèles de se faire portraiturer n’étant ici qu’un prétexte choisi. Marguerite- Thérèse Rouillé de Meslay (1661-1729) est représentée avec ses deux filles, Anne-Marie (1691-1703) à gauche, et Anne-Catherine (1694-1711) du côté opposé. En leur présence, elle évoque la mémoire de son époux, leur père, Jean-François, marquis de Noailles (1658-1696), immortalisé par un portrait ovale que tient un négrillon. Frère du fameux maréchal de Noailles et du non moins célèbre archevêque de Paris, colonel de cavalerie, brigadier en 1692, puis maréchal de camp, lieutenant général au gouvernement d’Auvergne, le marquis de Noailles mourut prématurément de la petite vérole. Il faisait alors campagne en Flandre au service du roi, dont le profil sculpté en bas-relief sur un médaillon rond domine toute la scène. A gauche, un petit singe turbulent, juché sur un tabouret de bois doré, vole une pêche sur une console pour symboliser le coeur du marquis, ravi à son épouse par une mort précoce. Tenant un fruit semblable et regardant sa sœur, l’aînée incite celle-ci à offrir tout son amour à leur mère éplorée. La cadette fait selon son âge et, sans trop comprendre, s’avance avec quelques fleurs. Un carlin, sortant de l’ombre, et un épagneul, sur les genoux de sa maîtresse, expriment le sentiment ardent de fidélité qui anime tout le groupe. Mais dans le vase de porcelaine à décor bleu, les œillets des fiançailles et les fleurs d’oranger du mariage sont à jamais flétris” (Extrait du catalogue de l’exposition Largillierre au musée Jacquemart-André (2004), textes de Dominique Brême p.154, n°49) 

Nom : La marquise de Noailles et ses enfants 
Catégories: Peinture / Huile sur toile / 64 x 81 cm
Artiste : Nicolas de Largillierre (1656 – 1746)
Date : 1698